Retraite des indépendants : ce qui change par rapport au salariat

Par Juliette Brun-Buisson, conseillère en investissement financier et éducation financière chez Vision Plurielle Invest · Mis à jour le 28 octobre 2026 · Lecture : 10 min

Vision Plurielle Invest · Agréée par l’Autorité des Marchés Financiers le 22/09/2025 · SIREN 920 881 653 · RCS Chambéry

Un artisan ou un commerçant voit sa retraite de base calculée comme celle d’un salarié, mais sa retraite complémentaire par points (RCI) est plus modeste, sans surcote ni majoration pour enfants. Les professions libérales relèvent d’un autre système, plus favorable en moyenne. Dans tous les cas, l’indépendant n’a ni employeur ni participation pour compléter sa pension : il doit la préparer lui-même.

On dit souvent que la retraite des indépendants est « alignée » sur celle des salariés. C’est vrai pour le premier étage, faux pour le second, et très insuffisant pour juger du niveau de vie réel à la retraite. Entre les cotisations, la validation des trimestres, la complémentaire et la suspension de la réforme des retraites en 2026, les règles changent selon votre statut. Cet article fait le point, avec des chiffres, et vous montre comment compléter vos droits. Il s’inscrit dans une réflexion globale sur votre protection sociale et sur vos choix d’entrepreneur.

La retraite des indépendants en 2026 : les chiffres clés

  • Calcul de la base : pour un artisan ou un commerçant, la pension de base repose sur la moyenne des 25 meilleures années, avec un taux plein de 50 % et une décote de 0,625 point par trimestre manquant, comme pour un salarié.
  • Plafond de la Sécurité sociale : il est de 48 060 € en 2026. Il faut un revenu de 1 803 € pour valider un trimestre (150 heures de Smic) et de 7 212 € pour en valider quatre.
  • Complémentaire RCI : la valeur de service du point est de 1,347 € en 2026.
  • Niveau des pensions : fin 2020, les anciens artisans et commerçants percevaient en moyenne 1 230 € bruts par mois, contre 1 540 € pour l’ensemble des retraités et 2 570 € pour les professions libérales.
  • Réforme suspendue : la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 gèle l’âge légal à 62 ans et 9 mois pour les générations 1964 et du début 1965, du 1er septembre 2026 au 1er janvier 2028.

Quel régime de retraite selon votre statut ?

Votre régime dépend de votre statut, pas de votre revenu : un artisan, un médecin libéral et le président d’une SAS ne cotisent pas aux mêmes caisses. C’est la première chose à vérifier, car elle conditionne la complémentaire et les cotisations.

Statut

Retraite de base

Retraite complémentaire

Salarié du privé

Régime général

Agirc-Arrco

Dirigeant assimilé salarié (président de SAS, gérant minoritaire)

Régime général

Agirc-Arrco

Artisan, commerçant, industriel (y compris gérant majoritaire de SARL ou EURL et micro-entrepreneur)

Sécurité sociale des indépendants (SSI), intégrée au régime général

RCI (régime complémentaire des indépendants)

Profession libérale réglementée (médecin, architecte, kinésithérapeute, etc.)

CNAVPL (avocats : CNBF)

Section professionnelle (CARMF, CIPAV, etc.), avec ses propres règles


La CNAVPL fédère dix sections professionnelles, chacune gérant sa complémentaire et sa prévoyance de manière autonome. Si votre carrière mêlange salariat et activité indépendante, ce qui est fréquent, la loi LURA (liquidation unique des pensions) calcule une seule pension de base pour les générations nées à partir de 1953, d’après SmartRetraite.

Pour les dirigeants de société, le choix du statut a donc des conséquences directes sur la future pension. Nous en parlons dans dirigeants : le risque que vous sous-estimez.

Comment la pension se calcule : ce qui est identique, ce qui diffère

Pour un artisan ou un commerçant, la retraite de base suit exactement les mêmes règles que celle d’un salarié ; c’est la complémentaire qui change. Le premier étage est aligné, le second est un régime à part, moins généreux.

Le premier étage : la retraite de base, identique

La pension est calculée sur la moyenne des revenus des 25 meilleures années, plafonnés au PASS, multipliée par un taux de 50 % si vous avez la durée d’assurance requise, puis ajustée au prorata de votre durée. Si des trimestres manquent, une décote de 0,625 point par trimestre s’applique ; le taux plein est de toute façon acquis à 67 ans. Une carrière complète avec un revenu moyen de 40 000 € donne ainsi, dans un calcul simplifié, une pension de base d’environ 20 000 € par an, soit 1 667 € bruts par mois.

Le second étage : la complémentaire, un régime à points distinct

Les salariés cotisent à l’Agirc-Arrco ; les artisans et commerçants à la RCI, où les points s’achètent et se convertissent en pension selon deux valeurs. En 2026, un point coûte 21,726 € à l’achat et vaut 1,347 € de pension annuelle, soit un rendement d’environ 6,2 % du capital cotisé. Les cotisations sont d’environ 8 % jusqu’à un PASS puis 9 % entre un et quatre PASS (taux 2025), selon SmartRetraite.

Exemple simplifié (valeurs 2026 constantes, sur 40 ans à 40 000 € de revenu) : 8,1 % de cotisation donnent 3 240 € par an, soit environ 149 points, soit 201 € de pension annuelle acquis chaque année. Au bout de 40 ans, la complémentaire représente environ 8 000 € par an, soit 670 € par mois, pour une pension totale d’environ 2 340 € bruts par mois. Le résultat réel dépend de l’évolution des valeurs du point et de votre carrière.

Trois particularités de la RCI à connaître :

  • Pas de surcote : continuer à travailler après le taux plein n’augmente pas la complémentaire, alors que la base accorde 1,25 % de surcote par trimestre supplémentaire.
  • Pas de majoration pour enfants : la base accorde 10 % pour trois enfants ou plus, la RCI ne prévoit rien.
  • Décote répercutée : si la base est liquidée avec décote, la RCI est réduite de 1 % par trimestre manquant, puis 1,25 % à partir du 13e, selon La Retraite en clair.

Cotisations et trimestres : où les indépendants perdent des droits

Un indépendant valide un trimestre dès 1 803 € de revenu cotisé, comme un salarié ; mais sa pension dépend directement du revenu qu’il se verse, et des cotisations qu’il accepte de payer. Un revenu déclaré volontairement bas pour réduire les charges réduit mécaniquement la retraite future.

Les seuils de validation en 2026 reposent sur 150 heures de Smic par trimestre (Smic horaire de 12,02 €) :

Situation

1 trimestre validé

4 trimestres validés

Salarié, artisan, commerçant ou libéral au réel

1 803 € de revenu cotisé

7 212 €

Micro-entrepreneur relevant de la Cipav

2 792 € de chiffre d’affaires

11 168 €


Ces seuils sont rappelés par Neovia Retraite et par Lilycare. Pour les micro-entrepreneurs, les seuils varient selon la nature de l’activité : vous pouvez consulter la fiche officielle de service-public.

Trois pièges classiques :

  • La cotisation minimale ne suffit pas. Pour un libéral relevant de la Cipav, la cotisation minimale de retraite de base ne valide que 3 trimestres par an, pas 4.
  • Le chiffre d’affaires du micro-entrepreneur. Sans chiffre d’affaires, pas de cotisations et pas de trimestres ; selon Bpifrance Création, seuls 30 % des micro-entrepreneurs valident quatre trimestres par an.
  • Les revenus irréguliers. Une année creuse peut ne valider qu’un ou deux trimestres, alors que la moyenne des 25 meilleures années pénalise les carrières en dents de scie.

Côté cotisations, l’artisan ou le commerçant paie l’intégralité de la charge : 17,75 % sur la première tranche de revenu (jusqu’à 48 060 €) puis 0,60 % au-delà pour la retraite de base, auxquels s’ajoute la RCI, selon Verspieren. Pour un dirigeant, arbitrer entre rémunération, dividendes et épargne retraite est un sujet à part entière, que nos conseils aux entreprises permettent de traiter.

Ce que l'indépendant n'a pas : l'écart de niveau de vie à la retraite

Les chiffres officiels montrent un net écart : fin 2020, un ancien artisan ou commerçant perçoit en moyenne 1 230 € bruts par mois, contre 1 540 € pour l’ensemble des retraités. Les anciennes professions libérales, elles, atteignent 2 570 €, d’après l’Insee et la Drees. La pension des femmes anciennes indépendantes est encore plus basse.

Cet écart ne tient pas seulement aux règles de calcul. Il reflète aussi tout ce que le salarié reçoit sans le demander et que l’indépendant doit financer ou organiser lui-même :

Dispositif

Salarié

Indépendant

Retraite complémentaire

Agirc-Arrco, avec surcote et majoration pour enfants

RCI, sans surcote ni majoration pour enfants

Épargne retraite d’entreprise

Possible via l’employeur (abondement, participation, intéressement)

Aucun employeur : à mettre en place soi-même

Prévoyance

Souvent collective et obligatoire

À souscrire individuellement, et à financer

Allocation chômage

Assurance chômage

Protection très limitée, sous conditions strictes

Déduction de l’épargne retraite

Plafond de PER de 4 710 à 37 680 €

Plafond de PER de 4 806 à 88 911 €


La dernière ligne est le seul point où l’indépendant est mieux armé : son plafond de déduction PER est nettement plus élevé, comme le détaille Meilleurtaux. Utilisé correctement, ce levier peut combler une grande partie de l’écart ; il faut seulement avoir un revenu suffisant pour le financer.

Au-delà de la retraite, un arrêt maladie ou une invalidité pèsent plus lourd pour un indépendant. Ce sujet fait partie intégrante de notre approche de la protection sociale : on ne prépare pas sa retraite sans protéger d’abord ses revenus.

Âge de départ et réforme : ce que la suspension de 2026 change

Les conditions d’âge et de durée sont les mêmes pour les indépendants et les salariés, et la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a suspendu la montée en charge de la réforme de 2023 du 1er septembre 2026 au 1er janvier 2028. La réforme n’est pas abrogée : elle est mise en pause.

La suspension, prévue par l’article 105 de la loi du 30 décembre 2025, fige l’âge légal à 62 ans et 9 mois pour les générations les plus proches, comme l’expliquent Carriva et le Groupe CGO. Voici les paramètres qui s’appliquent désormais aux départs depuis le 1er septembre 2026 :

Génération

Âge légal

Trimestres pour le taux plein

1963

62 ans et 9 mois

170

1964

62 ans et 9 mois

170

1965 (janvier à mars)

62 ans et 9 mois

170

1965 (avril à décembre)

63 ans

171

1966 et 1967

63 ans et 6 mois

172

1968

63 ans et 9 mois

172

1969 et après

64 ans

172


Pour les indépendants, trois conséquences pratiques :

  • Le taux plein automatique reste fixé à 67 ans, quel que soit le nombre de trimestres, ce qui protège ceux qui ont une carrière incomplète.
  • Les générations 1964 à 1968 gagnent de trois à six mois sur leur âge de départ par rapport au calendrier initial, mais tous les trimestres restent nécessaires pour éviter la décote.
  • La reprise est prévue en janvier 2028, sauf nouveau texte : les paramètres peuvent donc encore changer. Préparer sa retraite sur une seule hypothèse d’âge est risqué.

Pour un dirigeant ou un indépendant, la vraie question n’est pas seulement « quand puis-je partir ? » mais « avec quel niveau de revenu ? ». La suspension modifie le calendrier, pas le montant de la pension. Nous le rappelons dans pourquoi bien gagner sa vie ne suffit pas pour être à l’aise financièrement.

Comment compléter sa retraite quand on est indépendant

Quatre leviers permettent de combler l’écart : le PER, l’assurance-vie, l’immobilier et la valorisation de son activité, auxquels s’ajoute une prévoyance solide. Le bon dosage dépend de votre revenu, de votre tranche d’imposition et de votre horizon.

1. Le PER, votre principal levier fiscal

Le plafond de déduction d’un indépendant est compris entre 4 806 € et 88 911 € en 2026, calculé sur 10 % du bénéfice plus 15 % de la part située entre un et huit PASS. Avec un bénéfice de 60 000 €, le plafond est de 7 791 € : à une tranche marginale de 30 %, un versement complet fait économiser environ 2 337 € d’impôt. Deux nouveautés de la loi de finances 2026 comptent : la fin de la déduction pour les versements après 70 ans et le report des plafonds non utilisés sur cinq ans, détaillés par Legifiscal et Fortuneo. Nous avons consacré un guide complet au calcul de ce plafond dans notre rubrique investissement financier.

2. L’assurance-vie, pour la souplesse

Contrairement au PER, l’argent reste disponible. Elle convient aux projets qui peuvent intervenir avant la retraite (transition d’activité, aide à un enfant) et offre une fiscalité allégée après 8 ans, avec des prélèvements sociaux de 17,2 % maintenus en 2026. Beaucoup d’indépendants combinent PER pour la déduction et assurance-vie pour la liquidité.

3. L’immobilier, pour des revenus complémentaires

Un bien loué peut devenir un revenu de retraite, à condition de bien calculer sa rentabilité nette et de s’intéresser à la fiscalité du moment. Notre page investissement immobilier et l’article immobilier : pourquoi certains s’enrichissent et d’autres s’épuisent donnent les bases.

4. La valorisation de l’activité

Pour un dirigeant, la vente ou la transmission de l’entreprise peut constituer l’essentiel du capital de retraite. Elle se prépare des années à l’avance, notamment sur le plan fiscal. Nos conseils aux entreprises incluent cette réflexion.

Sans oublier la prévoyance

Un arrêt prolongé ou une invalidité interrompt les cotisations et réduit les droits. Une couverture de protection sociale adaptée protège à la fois votre revenu actuel et votre future pension.

Votre plan d’action en 6 étapes

Préparer sa retraite d’indépendant commence par une chose simple : savoir précisément ce que vous avez déjà acquis. Voici l’ordre que nous recommandons :

  1. Consulter votre relevé de carrière. Il est accessible sur info-retraite.fr, comme le rappelle Exponens. Vérifiez les trimestres validés, les revenus reportés année par année et les régimes concernés. Les anomalies sont fréquentes, notamment sur la période de l’ancien RSI, d’après erreur-retraite.fr.
  2. Estimer votre pension et l’écart avec votre revenu actuel. Le simulateur officiel donne une première estimation. Comparez-la à ce dont vous aurez besoin pour maintenir votre niveau de vie : c’est cet écart qui définit votre effort d’épargne.
  3. Étudier le rachat de trimestres. Années d’études ou années incomplètes peuvent parfois être rachetées. Le coût est élevé et dépend de l’âge : comparez-le au gain de pension avant de décider.
  4. Ajuster votre rémunération et vos cotisations. Un revenu trop faible fait perdre des trimestres et réduit les 25 meilleures années. Pour un dirigeant, l’arbitrage entre salaire, dividendes et épargne retraite mérite un calcul précis.
  5. Mettre en place une épargne retraite régulière. Un versement mensuel sur un PER et/ou une assurance-vie, même modéré, vaut mieux qu’un gros versement tardif. Profitez du report de plafond sur cinq ans si vos revenus varient.
  6. Faire un point chaque année. Revenus, statut, famille, réglementation : la suspension de la réforme jusqu’en 2028 en est la preuve, les paramètres peuvent évoluer.

Bon à savoir : si vous poursuivez une activité après avoir liquidé vos pensions, le cumul emploi-retraite est possible, mais il demande de liquider d’abord l’ensemble de vos retraites. Cet aspect, souvent mal anticipé, se prépare avant le départ.

Si vous préférez ne pas gérer seul toutes ces décisions, rappelons que gérer seul est souvent une erreur coûteuse, surtout quand les enjeux se comptent en dizaines de milliers d’euros sur vingt ans.

FAQ : vos questions sur la retraite des indépendants

La retraite des indépendants est-elle alignée sur celle des salariés ?

Pour la retraite de base des artisans et commerçants, oui : mêmes 25 meilleures années, même taux plein de 50 %, mêmes décotes. La complémentaire, en revanche, reste distincte : la RCI, en points, sans surcote ni majoration pour enfants. Les professions libérales relèvent d’un autre système.

Combien touche un artisan ou un commerçant à la retraite ?

Fin 2020, la pension moyenne brute des anciens artisans et commerçants était de 1 230 € par mois, contre 1 540 € pour l’ensemble des retraités, selon l’Insee et la Drees. Le montant réel dépend de votre revenu, de la durée de carrière et de la part de salariat.

Quel revenu faut-il pour valider quatre trimestres en 2026 ?

Il faut un revenu cotisé de 7 212 € en 2026, soit 600 heures de Smic, pour valider quatre trimestres. Un trimestre est validé dès 1 803 €. Les micro-entrepreneurs suivent des seuils de chiffre d’affaires qui varient selon leur activité.

À quel âge un indépendant peut-il partir à la retraite ?

Les conditions sont celles des salariés : l’âge légal est de 62 ans et 9 mois pour les générations 1963 à début 1965, puis il monte progressivement jusqu’à 64 ans pour la génération 1969, la réforme étant suspendue jusqu’au 1er janvier 2028. Le taux plein est automatique à 67 ans.

Un micro-entrepreneur a-t-il droit à une retraite ?

Oui, mais ses droits dépendent de son chiffre d’affaires : sans chiffre d’affaires, pas de cotisations ni de trimestres. Un micro-entrepreneur affilié à la Cipav doit par exemple déclarer 11 168 € pour valider quatre trimestres en 2026.

Le PER est-il plus intéressant pour un indépendant que pour un salarié ?

Son plafond de déduction est plus élevé (jusqu’à 88 911 € en 2026), ce qui permet d’investir davantage et de réduire plus l’impôt. Le PER reste bloqué jusqu’à la retraite et l’intérêt dépend de votre tranche d’imposition : à étudier selon votre situation.

Conclusion : une retraite d’indépendant, ça se construit

La retraite de base des artisans et commerçants est désormais alignée sur celle des salariés, mais le reste ne l’est pas : une complémentaire moins généreuse, aucun employeur pour abonder l’épargne, une protection plus légère face aux aléas. La bonne nouvelle, c’est que vous gardez la main : sur votre rémunération, sur vos cotisations et sur un plafond PER bien plus élevé. Plus vous agissez tôt, plus l’effort mensuel nécessaire est faible.

Chez Vision Plurielle Invest, cabinet agréé par l’AMF, je vous accompagne avec une approche indépendante, centrée sur vos besoins et vos objectifs, quel que soit votre capital de départ. Découvrez l’ensemble de nos services.

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